logo

RAPHAEL

.A. m’avait proposé un scénario. Cela faisait 3 mois que nous discutions ensemble et qu’il voulait me rencontrer. A. n’est pas un homme de sexe, il est pour la cérébralité du sexe. Il souhaitait avec moi réaliser un fantasme. Celui du voyeur. Le jour convenu j’avais RDV à l’hôtel RAPHAEL. Un lieu désuet, figé dans une époque. Avec ses salons aux rideaux de velours, ses tapis feutrés, son ascenseur en bois, son personnel bien apprêté comme sorti d’un roman de Scott Fitzgerald. A. m’attendait dans la chambre 521. J’avais comme consigne de ne pas parler, de faire comme s’il n’était pas là. J’avais avec moi un petit sac de voyage dans lequel j’avais mis des affaires. Je frappais à la porte. Une voix me dit que celle-ci était ouverte. J’entrais et aussitôt je pris possession de l’espace. Je dois reconnaitre que le challenge n’était pas évident. Je ne devais rien dire ni le regarder une seul fois.

D’un coup d’œil je balayais la chambre pour trouver mes marques : Une fenêtre ornée de brocart, une armoire d’époque, une table avec une corbeille de fruits, des roses aux teintes parme dans un vase, un lit, la salle de bain de faïence dans le couloir. Je me dirigeais aussitôt vers l’armoire imposante pour y ranger mon sac et mon trench. Je tournais un peu dans la chambre, hésitante, le cœur battant. Car être observé en se sachant observée c’est comme être sur une scène de théâtre : en représentation. Et ce n’est pas évident pour la femme pudique que je suis. Car ma pudeur n’a rien à voir avec ma nudité. Il s’agit de pudeur de l’âme, de soi, de son intimité…

Puisque la consigne était de me regarder je pris l’initiative d’y ajouter une touche érotique. Je décidais donc d’aller prendre une douche. Je préparais ma mise en scène : J’étalais sur le lit mes dessous, mes boucles d’oreilles, mon rouge à lèvre, mon flacon de parfum, une robe, un livre. Puis je commençais à me déshabiller tout en me dirigeant vers la salle de bain. J’entendis A. se lever pour me suivre puis apparaitre dans l’entrebâillement de la porte. Il resta là à me regarder pendant que je réglais la température de l’eau et relevais mes cheveux en chignon. Totalement nu et offerte à ses yeux je pouvais commencer ma douche sensuelle. Faire glisser tout doucement l’eau sur mon corps, prendre soin de me masser les seins, les fesses, le ventre, les jambes avec la mousse blanche éclatante sur ma peau noire. Je sentais la tension de A. Sans le regarder je savais qu’il était ravi de ce qu’il voyait. Il se dégageait de lui des ondes positives et radieuses. La douche terminée je prenais le temps de me sécher et de m’enduire le corps de crème. J’offrais une chorégraphie de mon corps en l’inclinant de telle manière que A. pouvait voir toute l’étendue de mon anatomie. J’aimais beaucoup cela et je me sentais à l’aise dans ce jeu-là, passé les premiers instants un peu retenus….

En sortant de la salle de bain, nue, je frôlais volontairement A. J’aime être nue quand un homme est habillé. J’aime ce contact il y a un contraste excitant que je saurais expliquer. Je le laissais me suivre et pour mieux me voir encore il s’étendit sur le lit. Je m’habillais, me parfumais, me maquillais devant lui. Il mangeait chacun de mes gestes et c’était délicieux, ludique. Je me sentais comme une poupée. Habillée d’un fourreau noir, chaussée, parfumée, je m’allongeais à mon tour à côté de lui sur le ventre. Toujours sans le regarder je pris mon livre et continuais la lecture où je l’avais arrêté la veille. A. m’observait de tout prêt. Je sentais sa respiration, son parfum singulier (lavande et agrume) son regard comme des éclairs brulants. Il me huma, me respira. Je ne bougeais pas. Seules les lignes de mon livre se mélangeaient un peu. Car la sensualité d’un homme me fait immédiatement vaciller. J’ai peu de résistance à cela. Et si un homme joue dans ce registre je perds alors complètement la tête. A. avait le style qu’il fallait. D’un geste doux il ramena une mèche sur mes épaules. Il caressa cette épaule. Puis la nuque, le dos, la croupe. Et mon corps répondait comme un instrument de musique à la mélodie de son étreinte… Je fermais les yeux, mon livre me glissa des mains. J’étais transportée, caressée, frôlée. Puis A. s’arrêta. J’ouvris les yeux. Il prit délicatement mon visage dans ses mains et me dit « Mademoiselle aurais-je droit à un sourire ? ». Il m’embrassa le front comme à une enfant. Me laissa la chambre et s’en alla comme il était venu : en silence. Je pensais, remettant mon trench et quittant la chambre : Il y a parfois des scénarios qui tombent parfaitement comme une robe couture Yves St Laurent …

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *